Le Toucher, ce sens fondamental très étudié

Notre système sensoriel comprend 5 sens : la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et le toucher. Ces 5 sens nous permettent de capter les informations de notre environnement et nous permettent d’y réagir.

Notre culture occidentale ne met pas le sens du toucher en avant. On cherche même à taire tout démonstration tactile avec ses congénères au risque de se faire considérer comme un « obsédé sexuel »! Notre religion judéo-chrétienne a mis des siècles à réfréner ce sens, pourtant fondamental à notre développement. La communauté médicale a aussi complétement occulté les bienfaits du massage pour préserver voire recouvrer la santé. D’ailleurs, au XIXème siècle, lorsque les médecins Per Hink et Lind ont préconisé le massage suédois dans le cadre du maintien de la santé, la communauté médicale a poussé des cris d’horreur. C’est seulement à la fin du XIXème siècle que le médecin hollandais Johann Mezger réussira à intégrer ce même massage dans les sphères médicales [1].

 Un signe de sociabilité

Bien que le toucher soit mal considéré dans notre culture, il est encore très présent dans nos échanges. Ne nous donnons-nous pas la main pour nous saluer ? Ne nous enlaçons-nous pas quand nous sommes heureux de nous retrouver ? Aussi, notre langage est truffé d’expressions en lien avec le toucher et la peau en général : « on entre en contact avec les autres », « on arrive à toucher quelqu’un », « on utilise des gants de velours »…

s'enlasser

 Le sens de l’intime

Lors d’un rapport sexuel, tous les sens sont en exergue. Mais le toucher est omni-présent. Faire l’amour avec son partenaire sans le toucher relève quand même de l’exploit et ne présente guère d’attrait en soi !

Malheureusement, dans notre culture et surtout à cause de notre religion judéo-chrétienne, le toucher a été cantonné au seul acte sexuel.

Le sens du développement humain

Il semble que le toucher soit le seul sens qui soit fondamental au développement humain. Depuis les années 1920, de nombreuses études ont été menées pour prouver le lien entre le toucher et le développement de l’être humain que ce soit au niveau anatomique, psychique ou émotionnel. Toutefois, les premières constations ont été faites sur des modèles animaux, des rats en l’occurrence.

toucher

Ainsi, en 1921-1922, L’anatomiste Frederick S.Hammett, de l’Institut d’anatomie Wistar de Philadelphie a étudié la mortalité de deux colonies de rats ayant subi une ablation des glandes thyroïdes et parathyroïdes. Il a observé que la mortalité de la population de rats choyée, caressée par le laborantin était inférieure de 60% à celle de la population de rats n’ayant reçu aucune caresse de leur laborantin [2].

L’exemple des orphelinats

Aussi, à l’échelle humaine, l’absence de caresses et de soins affectifs dans les orphelinats roumains dans les années 2000 ou dans les orphelinats chinois dans les années 1980 entrainait une mortalité inquiétante des enfants. Lorsque ces pauvres enfants survivaient, on pouvait observer de lourds retards de croissance et de développements sensoriel et intellectuel. Depuis ces constats, une prise en charge plus humaine, accompagnée de caresses et de contacts humains a permis de faire chuter significativement la mortalité. Malheureusement, des orphelinats où aucun signe affectif n’est donné aux enfants sont toujours en place.

orphelins

Les travaux de Harlow sur les singes

Dans les années 1950, le psychologue américain Harlow a travaillé sur l’impact du contact entre la mère et ses petits chez les singes. Il a défini que les bébés singes n’ayant pas reçu de caresse de leur mère présentent toute une série de symptômes :

  • absence des habitudes normales de toilettage,
  • automutilation,
  • incapacité à recourir à un acte sexuel avec un partenaire,
  • repli sur soi,
  • comportement agressif.

 Les travaux de Schanberg sur les rats

Schanberg, neuroscientiste et physicien, a, quant à lui, travaillé sur les rats. En séparant les petits de leur mère, il a observé des comportements anormaux par rapport aux petits choyés par leur maman : violence, troubles du sommeil. Une moins bonne réponse immunitaire et un retard de croissance ont été observés chez les petits rats délaissés de tout contact.

d. Les travaux de Prescott

James W. Prescrott est neuropsychologue à l’Institut National de la Santé des Enfants et du Développement Humain à Bethesda dans le Maryland aux Etats-Unis. Depuis les années 1970, il travaille principalement sur les origines de la violence chez l’homme. Il s’est donc penché sur l’impact du toucher sur le développement de l’humain.

toucher 2

Selon lui, « la privation de toucher, de contact et de mouvement sont les causes fondamentales d’un certain nombre de troubles émotionnels, y compris les comportements dépressifs et autistiques, l’hypersexualité, l’abus de drogues, la violence et l’agressivité ».

 Les analyses d’Ashley Montagu

Ashley Montagu (1905-1999) était un anthropologue et humaniste anglais. Il s’est penché sur les impacts du toucher sur le développement humain que ce soit au niveau physique, qu’au niveau émotionnel. Son livre « La peau et le toucher, un premier langage » édité en 1971 a fait l’effet d’une bombe dans notre société où le toucher est honteux et trop souvent associé à la seule sexualité. Pourtant, ses remarques et observations en tant qu’anthropologue ont été au fur et à mesure vérifiées par les études scientifiques menées durant ces dernières années. Ainsi, Ashley Montagu analyse la peau comme le plus grand organe tactile et démontre que sa stimulation par le toucher est essentielle pour l’humain.

bébé

Il démontre l’importance du toucher lors de l’allaitement du bébé par sa mère, lors du développement de l’enfant et enfin il analyse les conséquences d’un manque de démonstrations tactiles pendant l’enfance chez l’adulte. Ainsi, l’absence ou le manque de toucher ne serait pas seulement responsable d’agressivité ou de comportements sexuels déviants (ou absents). Le manque de toucher engendre un retard de croissance et de développements intellectuel et émotionnel.

« Ce n’est pas tant les mots que les gestes qui transmettent les émotions et l’affection dont enfants et parents ont en réalité grand besoin. Les sensations tactiles acquièrent une signification associée aux situations dans lesquelles elles sont éprouvées. Lorsque le toucher transmet l’affection et l’émotion qu’il implique, ces sensations sécurisantes et leurs significations resteront associées au toucher. Mais quelqu’un qui n’aurait pas eu une expérience tactile satisfaisante dans l’enfance serait privé de ces associations et aurait en conséquence des difficultés à établir des relations avec les autres. D’où l’importance du toucher pour l’homme. » Ashley Montagu [3].

 Les travaux de Fabrice Mascaux

Fabrice Mascaux est massothérapeute et psychologue belge. Il a travaillé en collaboration avec l’unité de psychoneuroendocrinologie de l’Université de Liège (Belgique), sur l’intérêt médical du toucher en démontrant que la mise en œuvre de contacts physiques et de massages avec les patients permettaient un meilleur recouvrement de la santé [2].

 Les travaux du Professeure Vaivre Drouet sur les prématurés

Aussi, on peut comprendre toute l’importance des contacts humains sur le développement d’un bébé avec l’exemple des prématurés. Il faut tout d’abord savoir que le toucher est le premier sens à se développer lors de la vie intra-utérine. Une étude menée en 2010 par la Professeure Vaivre Drouet, psychologue du développement, neuromotricienne et neuropsychologue a démontré que les bébés prématurés massés se développent bien mieux que les bébés non massés :

  • prise de poids 4 fois plus importante avec la même quantité de lait absorbée,
  • durée de l’alimentation parentérale (sous perfusion) moins importante,
  • stress moins important,
  • temps d’éveil calme plus important,
  • temps d’hospitalisation moins important, absence de pathologie cutanée [3].
bébé 2

 Le Toucher-massage d’Armelle Simon

Armelle Simon est infirmière sophrologue et praticienne en toucher-massage dans le service d’hématologie clinique au CHU de Nantes.

Le Toucher-massage a été mis au point par le masseur-kinésithérapeute Joël Savatofski à la fin des années 1980. Il consiste en des pressions douces, glissées ou non de la paume de la main et de l’avant-bras, sur tout ou partie du corps selon les besoins du patient.

mains

Partant du principe que les personnes atteintes de leucémie sont isolées dans des chambres stériles sans aucun contact possible avec leur entourage, Armelle Simon a décidé de mettre en place des séances de massage sur 62 volontaires pendant 3 semaines. La moitié d’entre eux recevait un massage par semaine tandis que l’autre moitié ne bénéficiait d’aucun massage mais avait un temps de repos. Après chaque séance, Armelle Simon a observé que le niveau d’anxiété des personnes massées baissait en moyenne de 11,6 points sur l’échelle de Spielberger contre 0,9 point pour le groupe au repos [4].

L’échelle de Spielberger est l’échelle couramment utilisée pour mesurer le niveau d’anxiété.

Le TRI

Le TRI ou Touch Reseach Institute de Miami est un institut qui étudie scientifiquement les effets du toucher sur la santé et le bien-être des personnes. Il a été créé en 1992. Et c’est à partir de sa création que de réelles recherches scientifiques sur l’impact du toucher ont commencé.

A ce jour, le TRI reste le seul centre de recherche mondial exclusivement dédié au toucher et aux massages. Sa directrice, Tiffany Field, auteure du livre « Les bienfaits du toucher », démontre les bienfaits du massage depuis les années 1980. Elle a commencé à travailler sur les bébés prématurés. Elle a alors démontré que les bébés ayant été massés pendant les quinze jours après leur naissance prenaient plus de poids que ceux qui ne l’étaient pas (entre 21% et 48% de poids en plus !). Ces bébés massés avaient aussi une durée d’hospitalisation plus courte : trois à six jours de mois par rapport aux petits non massés. Cette étude a permis de mettre en place un protocole de massage pour les prématurés que 38% des centres néonataux ont adopté [5][6].

enfant

Tiffany Field a également démontré que le massage des bébés prématurés par leur maman permettait de réduire les risques de dépression post-natale chez la mère.

D’autres unités de recherche existent aux Philippines, à Paris et au CHU de l’Université de Liège, où intervient Fabrice Mascaux.

Il est important de souligner que les études présentées se sont déroulées par comparaison avec des groupes d’individus témoins n’ayant pas reçu de massages ou de toucher. Donc, la méthodologie appliquée est bien définie.

En plus des études effectuées par Tiffany Field qui ont permis de définir un protocole de massage de 3 soins de quinze minutes par jour dans la plupart des centres néonataux, l’équipe du neurologue Andrea Guzetta de l’Université de Pise a prolongé les recherches chez les prématurés en 2009. Parmi 20 petits enfants, la moitié d’entre eux a été massée, l’autre n’a pas reçu ce soin. Les deux groupes ont été observés par encéphalogramme, par contrôle de l’acuité visuelle et par dosage de l’hormone de croissance IGF-1, impliquée dans le développement cérébral.

Ainsi, il a été démontré qu’au bout de 4 semaines de soins, le massage de ces petits massés permettait une meilleure maturation du cerveau, une meilleure acuité visuelle (les prématurés ont souvent des séquelles portant sur une vision défaillante), et un taux plus élevé d’IGF-1.

Etude sur les enfants autistes

Des enfants autistes scolarisés dans des établissements spécialisés ont été massés régulièrement par leurs éducateurs. Il a été observé moins de comportements perturbateurs en classe et plus d’interactions avec le professeur. Lorsque les enfants autistes sont massés chaque soir par leurs parents, la qualité du sommeil des enfants est bien meilleure.

Etude sur les enfants ayant subi des agressions sexuelles et/ou physiques

Le massage d’enfants sexuellement et/ou physiquement abusés à raison de 15mn par jour pendant 1 mois a permis d’améliorer leur sommeil, de diminuer leur déprime et leur anxiété tout en améliorant leur activité et leur sociabilité.

Etude sur les enfants hyperactifs ou souffrant de déficit de l’attention

Avec un massage de 30mn pendant 10 jours consécutifs, ces enfants ont amélioré leur concentration au travail, alors même que les professeurs n’étaient pas au courant de la thérapie mise en place. Il a été observé qu’ils étaient moins agités et moins perturbateurs.

Etude sur des enfants victimes de l’ouragan Andrew à Miami en 1995

En les massant deux fois par semaine durant un mois, ces enfants ont vu leurs symptômes de stress post-traumatique diminués : diminution de l’anxiété et de la dépression, diminution des problèmes exprimés par l’intermédiaire des dessins.

Etude sur des enfants hospitalisés déprimés

En hôpitaux psychiatriques, des enfants déprimés hospitalisés ont reçus des massages du dos pendant une semaine. Leur dépression et leur anxiété ont diminué significativement. Les vidéos nocturnes ont pu montrer que leur sommeil était moins perturbé. Leur taux de cortisol urinaire et salivaire, hormone du stress, a chuté. Aussi, une meilleure coopération des enfants pendant leurs soins a été remarquée.

Etude sur de jeunes adultes boulimiques et anorexiques

Après un mois de massages réguliers, il a été constaté une nette amélioration de leur état : large diminution de leurs symptômes de dépression et d’anxiété, chute de cortisol, meilleurs habitudes alimentaires, expression d’une image corporelle plus réaliste qu’auparavant.

Etudes sur des adultes

Un massage amma assis de 15mn/jour durant 1 mois provoque :

  • un renforcement de la concentration et de l’attention, visible à l’encéphalogramme,
  • une diminution du stress, estimé par dosage du cortisol,
  • de meilleures performances cognitives : plus de rapidité et de précision dans la réalisation des tâches et des calculs,
  • un meilleur esprit d’équipe,
  • une augmentation de l’attention,
  • une amélioration de la créativité,
  • une diminution de l’absentéisme au travail,
  • une augmentation de la motivation.

Il a aussi été démontré que ces séances de massage permettaient de lutter contre la fatigue chronique [1].

Etudes sur des femmes enceintes

Le massage régulier des femmes enceintes par leur partenaire ou par un personnel soignant a permis de conduire la grossesse dans la bonne humeur et d’améliorer l’accouchement, qui a été plus rapide et moins douloureux. Les futures mamans massées ont été moins sujettes aux césariennes.

accouch

Aussi, l’effet des massages sur les fœtus a été observé par échographie : les futurs bébés se relâchent et régularisent leur activité. A la naissance, ces bébés pleurent moins, ont plus de vivacité et arrivent à terme.

Etudes sur des femmes mariées (et oui !)

James Coan, de l’Université de Virginie, est allé jusqu’à faire subir des décharges électriques à 16 femmes mariées en 2006. Il a démontré que les femmes seules (non accompagnées de leur compagnon ou d’une tierce-personne au moment de la décharge) étaient plus sensibles à la douleur que les femmes dont le compagnon ou une tierce-personne leur tenait la main pendant le choc électrique ! James Coan a mesuré par IRM, pendant les stimulations électriques, le niveau d’activité du système limbique émotionnel de la peur. Et il a constaté que ce niveau était réduit chez les femmes tenant la main de leur compagnon, ou dans une moindre mesure, tenant celle d’une tierce personne.

En conclusion

Je pourrais encore donner de nombreux autres exemples d’études menées sur des populations ayant été massées. Ainsi, des études ont été faites sur les personnes âgées, sur les personnes atteintes de douleurs chroniques. A chaque fois, les massages réguliers ont procuré une baisse du cortisol (et donc du stress), un meilleure sommeil et un soulagement des symptômes invalidants [5][1].

Bibliographie : 

  1. Fabrice Mascaux – site internet : http://www.espace-de-ressourcement.be/praticiens/fabrice.mascaux/fabrice.mascaux.html- pages consultées de septembre à décembre 2017
  2. Ashley Montagu, La peau et le toucher, un premier langage, Editions Seuil, 2007
  3. Laurence Vaivre Douret, Bénéfices des stimulations multimodales et de l’application d’huiles végétales sur des nouveaux nés prématurés, la Revue de Nutrition Pratique, 2010
  4. CHU Nantes – site internet : www.chu-nantes.fr. Pages consultées de septembre à décembre 2017
  5. TRI – Site internet www6.miami.edu/touch-research/Index.html- pages consultées de septembre à décembre 2017
  6. Tiffany Field, Les bienfaits du toucher, Editions Petite Bibliothéque Payot, 2017

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